mercredi 12 mars 2008

J'ai ton nom tatoué sur la peau

Hervey est arrivé dans ma vie à un drôle de moment, ou possiblement est-ce moi qui a débarqué dans la sienne, on ne sait plus. Les rencontres sont imprévues et les destins parfois se retournent sur une pièce comme à la nuit de la notre. Dans un coin près de la gare où seuls les lampadaires ponctuent les cents pas des promeneurs sombres, dans son Opel, mon bourreau roulait son pétard. Il attendait là, où une semaine plus tôt, j'avais demandé au ciel de m'envoyer quelqu'un comme moi.

Je me suis approché de la grosse tête bouclée noire, j'ai tourné autour d'la tôle grise et après avoir suffisamment hésité je suis monté- tu partages ton cracker? On a pris le temps nécessaire pour que tous à bord se sentent en confiance et on a pris la route. On a longé le littoral au clair de lune puis on a piqué vers les collines d'Aix en Provence. J'avais accepté l'offre de passée la nuit perdu dans les campagnes. Le temps a usé les brides de conversations mais il m'est resté celle où l'on a découvert que nous partagions le même jour de naissance. Après avoir cramé quelques bouts de barrette roulés dans deux papiers, nous avons convenu que nous étions frères. - je t'ai attendu longtemps, il m'avait confié. Mon nouveau frère avait une bête d'environ une livre qui dormait en boule d'un sommeil léger dans de la corde de poche bien noire, bien drue. Je crois qu'un perséide à fendu le ciel ce soir là.

Il y avait encore des braises dans la cheminée de son refuge sans lumière lorsque nous somme arrivé. Hervey a réanimé les flammes et on a mangé un restant de ratatouille réchauffée avec des pâtes sur le feu dans un vieux poêlon qu'on aurait peu perdre dans un tas de charbon. À la chandelle on a un peu approfondi sur nous et on a sombré l'un dans l'autre. À l'extérieur, les eaux de la Durance ont continué de glisser le long du canal de Marseille au creux d'une demie lune jusqu'à l'aurore.

Au matin nous sommes parti de bonne heure après le café. On a laissé les cigales encore frileuses au premier rayon de soleil. Mon frère devait faire acte de présence au foyer principal.

Le premier dimanche suivant, Hervey m'a présenté à sa famille. Il est passé me prendre au loft et on a refait le trajet. Le paysage lumineux détonnait étrangement de celui de la première nuit. À une fourche marquée par une pute super chub multicolore échouée dans un vieux laz-y-boy près du fossé, on a bifurqué sur la route qui conduisait au refuge de fin de semaine squatté par la petite famille. Devant le cabanon au coeur du territoire de chasse et au bout de la route qui finissait en zigzag entre les gros pins, la caisse s'est arrêté. Une petite puce est sorti en courant et une femme a suivi avec une choupette de dix mois dans les bras. Elle m'a salué et m'offrit un sourire mitigé surplombé d'un magnifique shinner digne de saturne. J'appris par le suite qu'elle avait été une miss Côte bleue dans sa jeunesse.

Les jours ont suivi et une routine nous a lié. On a joué au ballon, monté au sommet du grand conifère sur le côté du cabanon jusqu'au siège qui servait d'observatoire. De là on voyait les collines ondulantes qui s'étendent sous l'anticyclone méditerranéen jusqu' au pied de la sainte Victoire. Dans le château abandonné de Pagnole on a aussi trouvé deux chatons plein de puces qu'on a ramené à la maison. Dans la vieille niche en ruine d'une cheminée on est souvent retourné visiter un hibou. On a ramassé des coins, des mûres, on a fait de la confiture. Hervey a pris son pied dans ma vie pendant que moi je prenais une place sur la couche de son couple dans une cité dangereuse construite sur une butte.

Avec le temps j'ai découvert qu'Hervey avait ses tilts et que sa personnalité multiple le traînait comme un Achille dans la vie. Dans les rares instants où tous les masques étaient assoupis, il me partageait avec tout le désarroi du monde ses peurs; prunes sur prunes, la lumière, à ce moment là, n'apparaissait pas au bout du tunnel. Mais toujours Il était magnifique, fier et souriant, trop tourmenté aussi, il ne pouvait résister à la tranquillité qui règne su'l bord du gouffre. Il se livrait au tapinage pour au moins une flatterie. Sa générosité était légendaire.


Un jour au retour du chantier je suis entré cher moi. J'ai regardé la table avec le souper dessus, il m'avait accueilli avec un sourire, la fête a commencé. Je lui ai balancé sa salade à la figure et les poings ont volé. J'ai été soulevé, senti le vide et j'ai finalement expiré sur la table qui s'écroulait sous moi... Couché sur le ventre sur une console en inox d'hôpital, j'ai senti des mains broder dans mon dos son nom en trente-trois étoiles.


Un soir pour oublier mon bourreau je suis descendu sur la rue Curiol dans l'espoir d'y voir La pute de la rue des bons enfants. Elle logeait dans un hôtel près de celui où j'avais loué une chambre au cour d'un précèdent transit. Cette rue était agréablement régulière dans son architecture et les façades de pierre des immeubles de cinq étages avoisinaient toutes le même style. Les grandes fenêtres rectangulaires des premiers étages étaient toujours barricadées par des volets en bois massif derrière des ouvrages de fer forgé qui achevaient de fortifier ces maisons qui avaient vu déferler clients, beurs, pieds-noirs, poilus, italiens, nazis. Je la connaissais du coin de l'oeil, elle affichait toujours un taquin sourire. Elle dégageait la bonne humeur et avait cette shape européenne des années 50; bien en chaire avec des bourrelets bien ajustés et classiques. J'ai répondu au sourire et on est monté. J'ai caressé ses seins lourds qui emplissaient la main et ses gros mamelons café qui s'offraient comme deux grosses tétines, un genre de ma tante Eva maghrébine encore en pleine splendeur, mais elle n'avait pas d'odeur. Lorsque mes mains sont descendu sur son ventre, mes yeux ont suivi les textures au bout de mes doigts. De son bas ventre au plexus, courant dans tous les sens, une série de stries témoignaient d'une nuit d'horreur remplie de cris et de sang. La lame avait pris son temps mais n'avait jamais complètement ouvert. Mon visage s'est incliné et le condom est tombé comme une chaussette usée. Elle s'est allongé sur le lit, je me suis agenouillé sur le sol. doucement j'ai frotté mon gros nez sur sa peau et j'ai fait glisser mon front sur son ventre, j'ai aussi posé mes lèvres sur ses cicatrices. On a pas traîné. J'ai passé au cash et j'ai pris le chemin de la maison rejoindre mon poêle à bois au milieu de mon grand loft. J'ai regardé les ombres danser sur les murs et je me suis mis à attendre la venue de Laïla la douce...



Maéva, Palma, je ne vous oublierai pas.

2 commentaires:

da Bitch a dit…

tu m'as remué l'intérieur toi là...

Félix a dit…

té fine...ma grand mère me mettait souvent devant le fourneau pour brasser pour pas que ça colle.